jeudi 27 avril 2017

Ah, combien la guerre est simple à éviter

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Victor Ginsburgh

La vie était belle dans la Confédération Helvétique du temps où Hitler s’amusait à envahir l’un ou l’autre de ses voisins. Pour se protéger, relate l’écrivain (et architecte) suisse Max Frisch (1), dans un ouvrage délicieusement rafraîchissant sur son service militaire, la Suisse utilisait la tactique de guerre suivante :

     « tous les panneaux indicateurs avaient été enlevés afin que l’ennemi s’égare et qu’il ne puisse pas voir comment, à partir de tel endroit, on peut aller à Erlenbach ou à Küssnacht. Il n’aurait même pas pu, avec sa voiture blindée, rouler jusqu’à un kiosque pour se procurer une carte topographique ; les cartes avaient été retirées de la vente et la population était résolue à ne donner aucun renseignement à quelqu’un qui ne parle pas notre patois [le Schwiizerdütsch] ».

La Suisse n’a d’ailleurs pas été envahie, ce qui est une preuve, même si elle est seulement indirecte, que c’était la bonne tactique de la part d’un peuple qui, depuis Guillaume Tell, n’avait que des arbalètes pour se défendre.


Il y a aussi d’autres moyens. Par exemple regarder méchamment l’ennemi comme le suggère Andy Borowitz dans son trait humoristique du The New Yorker (2) sous le titre (approximatif) de « Mike Pence jette le mauvais œil sur la Corée du Nord ».

La pauvreté des enfants. Pour une politique biface

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Pierre Pestieau

Il est régulièrement question de la pauvreté des enfants dans la presse. Elle est généralement nettement plus élevée que la pauvreté de l’ensemble de la société. Elle choque l’opinion un certain temps, le temps qu’un quelconque buzz la fasse oublier. Rappelons la manière fort imparfaite avec laquelle elle est mesurée. Sur base d’enquêtes sur le revenu des ménages, on calcule le revenu équivalent des membres de chaque ménage. Tout ménage ayant un revenu inférieur à une fraction du revenu médian sera déclaré pauvre. Typiquement cette fraction est de 60%. On prend alors l’ensemble de la population de moins de 18 ans et la fraction de ces jeunes qui appartiennent à des ménages pauvres sera considérée comme le taux de pauvreté parmi les enfants. Prenons une famille composée de deux parents et de deux enfants de moins de 14 ans. Supposons que les parents aient ensemble un revenu qui correspondrait au seuil de pauvreté.  Pour une personne isolée, le seuil de pauvreté en Belgique est de 1.083 € par mois en 2015. Partant du principe que les membres d’un ménage partagent les charges et les dépenses, un deuxième adulte dans un ménage se voit appliquer un facteur de 0,5 dans le calcul du seuil de pauvreté . Cela donne un seuil de 1.625 € pour les les deux parents. Avec deux enfants ils ont droit à des allocations familiales de 262 € par mois, ce qui donne pour cette famille un revenu de 1.887€. Or on considère que chaque enfant entraine des couts équivalents à 1/3 du revenu d’une personne isolée. Ce qui veut dire que le seuil de pauvreté d’un ménage composé de deux adultes et de deux enfants est égal à 2.274 € par mois. On le voit les allocations familiales ne permettent pas à cette famille d’éviter de tomber sous le seuil de pauvreté. Il me semble donc essentiel d’ajuster les allocations familiales pour éviter cette trappe à la pauvreté. Il me semble aussi crucial de ne pas différentier les allocations selon le nombre d’enfants. En général, elles sont plus faibles pour le premier enfant ; d’ailleurs en France, elles sont nulles pour ce malheureux enfant unique. La raison est que l’on veut stimuler la fécondité mais à quel prix et avec quelle efficacité ?

jeudi 20 avril 2017

Pertinence contre excellence

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Pierre Pestieau

Il y a peu, j’ai eu l’occasion de faire partie d’un jury qui sélectionnait des projets de recherche en économie. Les candidats faisaient partie du gratin des jeunes économistes résidant dans l’Union européenne. Le jury était composé d’universitaires de qualité venant d’Europe et des Etats Unis.

Deux spécificités m’ont frappé dès l’abord : les thématiques de recherche et les critères de sélection. Les sujets de recherche étaient le plus souvent très éloignés de ce que je considère être le cœur de l’économie. Plusieurs projets portaient sur les normes, les valeurs, la guerre, la paix, les aspirations, les règles de vote, thèmes plus proche de l’anthropologie, de la psychologie et de la science politique que de l’économie. Le chômage, la pauvreté et la stagnation étaient absents alors que ce sont là les problèmes qui taraudent les sociétés européennes.

Le vote des Turcs Belges

3 commentaires:
Victor Ginsburgh

Les travailleurs autrichiens remercient le Führer
Je suis né en mars 1939, peu avant le début de la guerre 40-45. Je ne dirai pas que je me souviens de ce qui s’est passé, mais il m’a souvent été raconté que mon oncle, autrichien, et en fait tous les hommes autrichiens, allemands et italiens, juifs ou pas juifs, qui vivaient au Congo belge, et au Rwanda Burundi à ce moment-là, ont été « internés » parce que pas belges, mais plutôt ennemis. Bien sûr, c’était un internement très modéré, qui n’a pas duré très longtemps. Quand le ministère belge des Affaires Etrangères s’est rendu compte qu’ils n’étaient sans doute pas des ennemis, ils ont été « libérés », mais devaient quand même se présenter tous les matins à ce qui, à l’époque, s’appelait l’administration territoriale, pour faire la preuve qu’ils n’avaient pas pris les armes contre la patrie dont ils ne faisaient pas partie, puisqu’ils n’avaient pas la nationalité belge. Et, comme enfant d’apatride, et puis autrichien pendant de longues années, j’ai toujours compris la raison. Vous ne pouvez pas agir contre le pays qui vous a accueilli.